Une Ritale à Cannes mode et maladresse au festival de Cannes

 

 

 

 

Journal d’un week-end au festival de Cannes.

Le festival de Cannes…je l’ai fait, comme toute chose que je fais sans trop les organiser.

Je suis comme ça moi, surtout en voyage: sans règles, sans planning, sans me renseigner sur ce qui m’attends. Ça été comme ça au Cambodge, au Japon et un peu dans toutes mes aventures. Je me laisse emporter, pour profiter du moment présent.

Je ne veux pas connaitre les codes, les « must do and must have »…peut être que c’est l’esprit italien, celui de ne pas se prendre la tête. Les anglais diraient « easy going », moi je suis une italienne en France, une ritale…dans le bon comme dans le pire. Je dois dire que le dernier livre que j’ai lu « Les Ritals  » de François  Cavanna, a été une révélation sur mon identité culturelle et ça m’a aidé à être moi-même à Cannes.

A Cannes,  on est obligé de connaitre les codes, les obligations, ce qu’il faut faire…Qu’est-ce que je déteste ce terme! Faut faire… ça t’enferme dans une cage, on n’est pas libre! On n’est pas des ritals!

Pour une fois donc, j’ai quand même suivi ces codes du « savoir vivre » ou mieux « survivre à Cannes » et bizarrement ça m’a plu, beaucoup. Pourquoi?  Parce ce que le premier code à suivre est

Aller à la rencontre.

Mon esprit rital aime la rencontre avec les gens et j’ai eu la chance d’avoir déjà des contacts et amis à voir sur place. Faut savoir aussi que les 90% des parisiens qui travaillent dans le cinéma, sont à Cannes pour le festival et qu’on devient immédiatement beaucoup plus sympa dès qu’on descend du train…c’est ça l’air cannois…va savoir.

J’étais très bien entourée et en bonne compagnie et ça c’est plus qu’une autre règle à suivre. Si l’on n’est pas très timide, la ville pendant le festival, offre la possibilité de faire connaissance très facilement, de créer des liens. Il y a à Cannes une énergie incroyable, qu’on ne trouvera jamais à Paris à l’exception de certains endroits. Tout devient facile, festif, on  partage avec les gens cette sorte d’adrénaline 24h sur 24. Oui, car à Cannes on ne dort pas! On ne peut pas dormir! Une autre règle!  Un exemple: je suis  arrivée dimanche avec déjà peu d’heures de sommeil (je travaille en ce moment sur la pièce « Les faux british » au théâtre St. Georges) et je suis partie le mardi matin avec  4 heures de sommeil en 2 jours. (Le mardi soir, j’étais au travail…ça s’appelle résilience à la rital, c’est sûr!)

Je retrouve à Cannes une énergie que je connais bien, j’ai grandi au bord de la mer, à Viareggio, très célèbre ville de carnaval et destination touristique en été. La Versilia, une longue côte en Toscane qui va de Marina di Massa à Viareggio, (même si les puristes vous diront que la Versilia ne comprend pas Viareggio…), a été longtemps une « mecque chic » pour la jetset internationale, qui venait et vient encore  ici se reposer et profiter du soleil d’Italie et de la movida. Chez moi c’est toujours la fête, surtout l’été, quand les discothèques s’ouvrent au bord de mer. Cannes est juste à 369 km de chez moi…même soleil, même mer, même atmosphère de fête et d’insouciance…la « Dolce Vita ». Je me suis sentie chez moi, et j’ai adoré.

Mais parlons donc des codes du festival…quelles sont ces obligations? Deux en gros, les plus importantes:

1/ avoir une accréditation pour le festival

2/ avoir une garde-robe appropriée en toute circonstance

Sans accréditation on ne va nulle part: pas de projection pour les films en compétition, pas d’entrée dans les hôtels comme le Martinez et le Majestic Barrière pour voir les stars, participer aux fêtes (et souvent une accréditation ne suffit pas, il faut être invité), rencontrer du monde.

La garde-robe, si on veut se faire remarquer, doit être soignée, classe, moderne, et si possible de marque, aussi bien pour les filles que pour les garçons. Cannes est l’endroit où l’on se montre, l’occasion pour les fashion bloggers d’exhiber leur outfits et avoir plein de « like» sur Instagram, pour un comédien  de se faire prendre en photo dans toutes les poses possibles…bref le royaume de l’éphémère et de ses éternelles esclaves de l’image. Je n’ai rien contre ça, je trouve ce royaume fascinant, voir comique car à la fin on veut tous monter sur ce drôle de manège rien qu’une fois, pour devenir tous, un peu, des personnages.

La règle la plus importante du festival est que l’on ne fait pas une montée de marche à partir de 17h sans une tenue de soirée…On ne les monte pas non plus sans une invitation le soir, c’est la «règle». Pendant la journée, en revanche, la seule accréditation avec une tenue correcte permet de rentrer aux projections dans plusieurs salles du festival pour voir les films en compétition ou pas. Attention! Il faut faire la queue! Tout dépend du type d’accréditation qu’on a : d’abord la presse, après les professionnels de l’audiovisuel et ensuite les autres types d’accréditation, si vous voulez des renseignements plus approfondis je vous conseille de surfer sur le site officiel du festival, moi j’ai tout juste eu le temps de comprendre les basics. L’invitation du soir par exemple, ne te donne pas l’assurance de rentrer, si l’accréditation et la robe ne sont pas assez « conformes ».

Le top c’est d’avoir une accréditation presse (mais il faut être journaliste ou travailler dans la presse), le moins top, c’est une accréditation provisoire qui ne te permet pas l’accès aux salles, mais seulement l’accès au village international et aux marchés du film. Pour les invitations aux projections du soir, il y en a des bleues (top),  des roses (low). Avec une accréditation temporaire et une invitation rose les chances de pouvoir rentrer se réduisent drastiquement, il faut avoir une chance inouïe ou… repérer le responsable du contrôle et espérer qu’il soit assez gentil et compréhensif (j’ai utilisé tout mon charme italien, je l’avoue!). Ça c’est la base, mais chaque année il y a des petits changements. Comment obtenir une invitation et une accréditation? Dans mon cas, ce sont les amis et les contacts. Avec une invitation bleue pour les projections du soir au grand théâtre Lumière on peut rentrer sans une accréditation (mais cette année, elle était exigée pour une question de sécurité). Si l’on n’a pas d’invitation, il faut tenter sa chance, se mettre en tenue de soirée et demander  une invitation aux gens qui en ont en plus à l’entrée du parcours qui mène aux grands escaliers du grand théâtre.  (Je ne l’ai pas fait mais je vous assure que ça marche!). Vous avez compris le délire? Non? Moi non plus, je me suis perdue à l’invitation rose…

Pourquoi va-t-on à Cannes?

Pour se montrer bien sûr, pour prendre des contacts si on travaille ou si on veut travailler dans le cinéma.

Pour regarder les films en compétition

Pour voir des stars

Et si on n’en a rien à cirer de tout ça, alors il y a un problème ou tout simplement on vit à Cannes (ce qui est déjà une chance et un privilège). Les cannois s’intéressent rarement au festival si ce n’est pour louer à des prix de folie leurs appartements. Les cannois qui restent sont les commerçants, comme mon ami Fabio Perrone, qui a une boutique d’antiquaire et de vêtements vintage de luxe en plein centre. La boutique s’appelle « L’antiquaire et la mode » et ça vaut la peine d’y passer surtout si on est costumier ou passionné de mode et d’objet d’art. Je connais Fabio depuis un moment déjà, il est le créateur des costumes de la «Venus noire » d’Abdellatif Kechiche avec qui j’ai eu la chance de travailler. Je l’ai aidé l’été dernier pour une partie de la préparation de «l’Échange des princesses» bientôt dans les salles. Un vrai artiste, une personne que j’estime beaucoup et qui m’ a appris à être discrète mais présente sur un plateau.

Qui va à Cannes?

Il y a trois catégories de personnes qui fréquentent  Cannes et plusieurs sous-catégories

Les stars

Les professionnels de l’audiovisuel et du cinéma, artistes et techniciens compris

Les touristes

Il y a une autre raison qui amène à Cannes: le braquage, donc attention à vos objets personnels!

La ville est le royaume des pickpockets et des voyous, surtout à une certaine heure. Mais pas de panique! Il faut juste faire attention et la ville est blindée de policiers en journée.

Parmi ces quatre catégories il y a un monde qui circule et qui se bouscule, pour un autographe, un mot à un comédien ou à un metteur en scène, pour le travail, pour se montrer, pour créer des liens.

J’ai trouvé toute cette faune très vivante, créative, parfois drôle dans leurs tenues improbables. Il faut le dire sinon je ne serais pas une vraie ritale: il n’y a pas que la classe et le style,  les gens vraiment bien habillés ne sont pas nombreux, mais c’est tout de même intéressant de voir comment certains «bricolent » leurs tenues, parfois d’une façon très créative, voire provocante…

Provocation, un autre mot pour Cannes, car pour se faire remarquer on est prêt à tout:

Des filles avec des mouchoirs à la place d’une robe (tellement elle est courte et transparente), des mecs habillés en Mickael Jackson ou en caleçon et smoking…dommage que je n’ai pas pris de photos, mais ce sera mon activité l’année prochaine: le In, le Out et les tendances mode.

On se sent une star même si on ne l’est pas du tout, on est À CANNES et ça suffit à sortir de la masse.

Je savais que je ne dormirai pas…mais on ne va pas à Cannes pour glander, non? Et puis comme disait mon grand-père, un grand curieux de la vie, à qui je ressemble beaucoup : « On a l’éternité pour dormir tranquille !».

Donc voilà mes deux jours:

Je suis arrivée à Cannes à midi, habillée en tenue de « voyage» : pantalon myphilosophy,  chemisette à rayures bleues (très tendance), chaussures confortables mais dorées…chic mais sobre avec un chapeau en paille car le soleil tape fort dans le sud, je le sais!

Je vais directement manger quelque chose en attendant de récupérer les clés de l’appartement de l’amie qui me loge. Il y a de nombreux restaurants plutôt bon marché près de la gare, mais faut faire attention « alle sòle», aux arnaques (en italien) culinaires…certains restaurants proposent des menus italiens très riches…en fautes de grammaire. . Laissez tomber ce n’est  pas bon.

De mon côté, j’ai choisi un vrai petit restaurant italien, la pizza est correcte, le prix aussi. Un conseil : à Cannes comme à Paris ou ailleurs, un vrai bon restaurant italien sait cuisiner les « spaghetti alla carbonara » et le risotto. S’ils mettent de la crème fraiche ce n’est pas bon, ce n’est pas italien, bref c’est n’importe quoi! Pour vérifier leur cuisine j’y suis retournée le lendemain et j’ai testé donc les spaghetti… un triomphe! Je vous le conseille si vous allez à Cannes: « da Tina Cannes »29 rue Hoche. Oui je sais, vous voulez que je parle de cinéma, mais laissez-moi continuer à faire la ritale s’il vous plait, une italienne ne peut pas vivre sans le plaisir de la nourriture…même pas à Cannes!

Ensuite, je suis allée vite me changer pour mettre une des pièces fétiche de ma garde-robe: une combinaison rouge feu de la marque italienne « Tryme » dessinée par une amie styliste. https://www.instagram.com/p/BJWJCUwjR1O/

J’ai rejoint ensuite des professionnels du cinéma qui étaient  à Cannes pour le travail. J’ai travaillé pour leur production pour la conception des costumes de l’escape game Kairos (j’ai écrit un article sur Kairos..).

Avec eux j’ai passé la première partie de la soirée, sur un yacht, organisée par Ëroin, un label créé par une jeune femme, Audrey Clinet pleine d’énergie et de passion pour le cinéma. Elle soutient les femmes réalisatrices dans leurs démarches de création à travers la production, le développement du projet et la distribution. Une belle rencontre artistique et une belle soirée aussi, avec les projections sur le yacht des films produits et soutenu par EROÏN.

La deuxième partie de la soirée s’est déroulée dans un autre endroit mythique de Cannes, le Silencio (je crois, mais à vérifier, du même propriétaire que le Silencio club à Paris..).Ici il y avait une autre fête pour la projection du film le « Redoutable » de Michel Hazanavicius comment j’ai réussi à rentrer? Encore grâce aux contacts et amis, mais je ne vous en dirais pas plus mais je pense que la personne en question se reconnaitra en lisant cet article. C’est un hommage à elle cet article, c’est grâce à elle que j’ai pu vivre ces deux jours de délire et fête.

Le lendemain, après à peine 4 heures de sommeil, je me suis précipitée pour  récupérer mon accréditation et me préparer pour ma montée des marches!

J’ai choisi une robe blanche, longue en mousseline de soie, brodée à la main de la marque Uluwatu que j’avais acheté pendant mon séjour à Bali il y a deux ans. Uluwatu c’est du handmade de haut de gamme, chaque pièce est fait en deux ou trois exemplaires pas plus. Pour le petit vent frisquet du soir j’ai opté pour une veste blanche Myphilosophy, une marque éco-solidaire « made in » Cambodge.  Pour  me protéger de la clim, car les salles sont horriblement froides, il faut le dire, j’avais une étole en soie hand made que j’avais acheté au souk de Mascate en Oman pendant mon séjour travail pour la royal Opéra House.

Ma montée a été pire que l’escalade des temples d’Angkor au Cambodge…qu’est-ce que je ne suis pas habituée aux robes longues! J’ai failli me casser la gueule deux ou trois fois mais à la fin j’ai réussi! Je voyais que du rouge, le rouge pétillant du tapis car je devais faire attention à ne pas tomber sur mes talons de 12cm! Je ne me sentais pas du tout la princesses des contes des fées, ni une star…plutôt une météorite, avec toute ma légendaire maladresse. . J’ai à peine évité l’effet domino … bref… je les ai montés, j’ai survécu,  c’est ça l’important.

J’ai assisté à la projection du film de Yorgos Lanthimos « the killing of a sacred deer », un thriller psycho intellectuel interprété par Nicole Kidman et Collin Farrell. Remarquable le rôle du jeune Barry Koeghan dans le personnage du psychopathe manipulateur. Un film qui fait frissonner et bouger pas mal sur ton siège… mais bon moi j’ai peur même dans certains épisodes de «Maya l’abeille»…trop sensible…

À la fin de la projection, j’ai rejoint quelques amis pour une pizza et ensuite je me suis vite changée pour la deuxième partie de la soirée chez «madame et monsieur » la soirée organisée dans l’hôtel Carlton.

J’ai mis une robe année 60 authentique, faite à la main, achetée l’été dernier avec Fabio Perrone pendant la préparation de «l’échange des princesses ».

(Actuellement en salle).La boutique où j’ai trouvé cette pièce de princesse est  un repère unique pour les costumiers et les passionnés du vintage: Ragtime.La propriétaire, est la mythique Françoise Auguet, sa boutique une des premières à Paris spécialisée dans le vintage…une vrai caverne d’Ali Baba.

C’est avec cette jolie robe noire que j’ai fini ma soirée au Madame et Monsieur, le nightclub  du grand hôtel Carlton. J’ai quitté cet endroit de musique et freebar à 3h du matin et j’ai attendu le lever du soleil en bonne compagnie au Silencio pour aller ensuite vite refaire mes bagages et prendre mon train pour Paname…la journée fut loooongue! Et m’attendait encore une journée de travail au théâtre et les questions de mes amis sur ce séjour.

Qu’est-ce qu’il y a à retenir de Cannes?

L’énergie, le dynamisme, la beauté d’une ville de mer déguisée en princesse pendant le festival du cinéma le plus important en Europe.

Comment venir à Cannes?

Simplement soi-même, la ville, les gens, le festival feront de vous la star d’un jour.

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laura lemmetti

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